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Pregnénolone, taux bas de cholestérol et mémoire


La pregnénolone est impliquée dans les phénomènes de mémorisation et les troubles de la concentration

Dr Christophe de Jaeger

Institut national du vieillissement

Revue NutraNews, mars 2004




La pregnénolone, un neurostéroïde passionnant, a été découverte dans les années 1930. Après une longue phase d'oubli, elle est en train d'être littéralement redécouverte pour ses rôles multiples, en particulier dans le vieillissement et la mémoire. Mais elle tient également une place dans la pathologie et nous devrions voir paraître, dans les années à venir, de multiples études sur son impact dans la maladie d'Alzheimer.



Quelques mots d'histoire


La pregnénolone a été découverte dans les années 1930. De nombreuses études cliniques ont été menées dans les années 1940; son activité sur les performances cérébrales et sur les rhumatismes inflammatoires a immédiatement été remarquée.


De nombreuses publications ont mis en évidence son intérêt dans l'acquisition des connaissances et l'apprentissage, la lutte contre l'arthrite, la fatigue et le stress. La pregnénolone est ensuite rapidement tombée dans l'oubli à partir de 1949 avec la mise au point par l'industrie pharmaceutique (Merck) de formes synthétiques brevetables et lucratives de la cortisone ayant d'importantes propriétés anti-inflammatoires et que nous continuons encore à utiliser aujourd'hui massivement en médecine de soins. Les propriétés anti-inflammatoires des dérivés cortisoniques (dexaméthasone et prednisone) sont en effet cent fois supérieures à celle de la pregnénolone ou de la DHEA. Cette période d'oubli est en train de cesser et de nombreux médecins découvrent, dans le sillage de la DHEA, les intérêts multiples de la pregnénolone.



La pregnénolone : “hormone-mère” des stéroïdes


La pregnénolone est produite dans nos surrénales, dans notre cerveau et, également, dans notre système nerveux périphérique où elle pourrait avoir un rôle dans le maintien de la couche de myéline. Elle est également sécrétée dans la peau, les ovaires et les testicules. Elle est le point de départ de la cascade stéroïdienne. Elle est la première hormone à être issue de la transformation du cholestérol. La pregnénolone est un précurseur des minéralocorticoïdes (aldostérone), des glucocorticoïdes (cortisol), de la DHEA et de la progestérone. La pregnénolone et son métabolite le sulfate de pregnénolone sont également synthétisés dans le cerveau, d'où leurs noms de neurostéroïdes.


L'absorption digestive de la pregnénolone, comme celle de tous les stéroïdes, est des plus variable et personnelle.


Elle est absorbée dans l'intestin grêle et distribuée dans tout l'organisme. Comme nous ignorons par avance quelle quantité de pregnénolone sera absorbée, puis transformée, le contrôle régulier des taux plasmatiques atteints et de ses métabolites est indispensable. Enfin, différents facteurs peuvent influencer les taux circulants de pregnénolone, tels que par exemple une baisse excessive du cholestérol qui peut provoquer une diminution de sa synthèse.


Les mécanismes d'actions de la pregnénolone sur la mémoire


L'action de la pregnénolone sur la mémoire a été bien montrée aussi bien chez l'animal que chez l'homme. La pregnénolone est un antagoniste du GABA et un agoniste ou stimulateur des récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate) qui renforce le système des neuromédiateurs diminuant avec le vieillissement. La pregnénolone stimule également la synthèse de l'acétylcholine et ceci a été particulièrement bien démontré dans l'hippocampe.


Il est intéressant de noter que la plupart des médicaments actuellement commercialisés dans la maladie d'Alzheimer tendent à augmenter les concentrations synaptiques d'acétylcholine.
Pregnénolone et vieillissement


C'est également une des hormones du vieillissement puisqu'on observe une diminution constante de ses concentrations dans le sang avec la sénescence.


La pregnénolone diminue avec le vieillissement, mais ses concentrations plasmatiques peuvent également être particulièrement abaissées par le stress, les dépressions, l'exposition aux toxiques et certaines hypothyroïdies.


La littérature nous indique que vers 75 ans, il ne nous reste qu'environ 40 % des taux de pregnénolone que nous avions vers 30 ans. Ces chiffres anciens ne correspondent plus du tout à la réalité que nous observons aujourd'hui en consultation à l'Institut européen du vieillissement. Il est fréquent, je dis bien fréquent, de trouver des concentrations plasmatiques de pregnénolone, chez des personnes par ailleurs en parfaite santé, à 20 %, voire moins, de ce qu'elles sont normalement chez une personne jeune. Nous ne sommes donc plus à - 60 % à 75 ans, mais à -80 % à 50 ans. Cette situation me semble alarmante au plan physiologique et nous montre que nous ne vieillissons actuellement pas aussi bien que nous le pensons. La pregnénolone est probablement (mais cela demande encore beaucoup de travaux de notre part) un marqueur du fonctionnement et du vieillissement de notre cerveau… et du reste de notre corps puisqu'elle est le précurseur de toutes les hormones stéroïdes.


Je crois également aujourd'hui que les chiffres, qui font tous les ans la une des journaux en annonçant que notre longévité a encore augmenté, ne sont pas le reflet de la réalité physiologique de nos contemporains. En d'autres termes, nos compatriotes qui aujourd'hui vivent de plus en plus longtemps en battant des records de longévité (surtout pour les femmes) sont nés, on l'oublie trop souvent, il y a plus de 80 ans ! Ils ont donc connu une vie totalement différente de la nôtre aujourd'hui et, en particulier, de celles de personnes de 40, 50 ans qui doivent vivre dans des conditions en rien comparables à celles de la première moitié du siècle précédent. Il est donc plus que probable que cette longévité, dont certains médecins et statisticiens nous disent, largement relayés par les médias, qu'elle va continuer à monter, va se stabiliser, voire rediminuer. En effet, les personnes ayant 50 ans aujourd'hui arriveront à 80 ans en 2030 et rien ne permet de croire que nos conditions de vie psychologiquement beaucoup plus difficiles n'auront pas un impact très négatif sur notre longévité.



Les actions de la pregnénolone


Aujourd'hui, cette molécule qui est la véritable “ mère ” de toutes les hormones stéroïdes nous intéresse tout particulièrement pour son rôle dans les processus de la mémoire. La pregnénolone qui est un neurostéroïde a une action toute particulière sur notre cerveau. Elle a notamment une action stimulante sur le cerveau et les performances cérébrales sans pour autant avoir cet effet désagréable d'excitation non maîtrisée que l'on obtient avec des surconsommations de vitamine C ou de caféine. Cette action peut naturellement se comprendre quand on sait que les concentrations intracérébrales de pregnénolone sont dix fois supérieures à celles de la DHEA, alors que cette dernière reste le stéroïde le plus important du corps humain.


De multiples travaux ont été effectués chez des ouvriers, des pilotes de ligne et des étudiants qui ont tous montré que la prise de pregnénolone augmentait leurs capacités cérébrales et leur résistance au stress. Cet effet est particulièrement vrai dans la population jeune, si celle-ci est soumise à un stress. Il est probablement dû à la transformation de la pregnénolone en DHEA dont on connaît bien les effets dans ce domaine.


En revanche, les effets de la pregnénolone deviennent particulièrement intéressants pour la mémoire chez les personnes de plus de 50 ans. La pregnénolone est une des substances naturelles les plus actives pour stimuler et améliorer la mémoire chez l'animal. La pregnénolone bloque les effets inhibiteurs de l'acide aminé glycine et du GABA contribuant à l'équilibre de la balance inhibition / excitation du système nerveux central. Elle augmente le relargage de l'acétylcholine, puissant neuromédiateur, et agit sur les récepteurs NMDA (N-méthyl-D-aspartate) impliqués dans la mémoire.


Il est d'ailleurs particulièrement intéressant de remarquer que l'acétylcholine et les glutamates sont directement impliqués dans la maladie d'Alzheimer qui se révèle par une atteinte de la mémoire à court terme. La pregnénolone est environ 100 fois plus efficace sur la mémoire que les autres stéroïdes. Au-delà de cet effet sur la mémoire, elle agit également sur le bien-être, sur le stress et la fatigue qu'il induit.


Si la DHEA est très peu, voire mal, connue encore aujourd'hui du corps médical, la pregnénolone est, elle, parfaitement inconnue. Certains propos de médecins m'ont été rapportés par des personnes prenant de la pregnénolone, du type : “ C'est dangereux, c'est un corticoïde… ” Il est pathétique de voir tant d'ignorance dans le domaine de la physiologie du vieillissement. La pregnénolone est une substance naturellement présente dans notre corps et donc à ce titre non dangereuse.


En revanche, la prise de pregnénolone ne peut pas se faire sans un avis médical compétent et sans une surveillance biologique attentive. D'autres effets de la pregnénolone sont décrits et, en particulier, sur le syndrome prémenstruel. Celui-ci est dû en partie à une insuffisance en progestérone et à un syndrome inflammatoire. La prise de pregnénolone peut ainsi soulager des femmes du fait de son effet anti-inflammatoire propre et de sa conversion en progestérone qui contribue à corriger le déficit initial.



Contre-indications, précautions d'emploi et effets indésirables


Les contre-indications à la prise de pregnénolone proviennent de la capacité de cette molécule à se transformer en DHEA, voire en œstrogènes ou en testostérone. Toutes les formes de cancers hormono-dépendants sont donc une contre-indication à la prise de pregnénolone. Pour le reste, il ne s'agit que de simple bon sens et il convient de ne pas donner de pregnénolone à des enfants, des femmes enceintes ou allaitant. Il convient également d'éviter la pregnénolone chez les personnes ayant une épilepsie car certaines publications ont évoqué la possibilité d'une baisse du seuil épileptogène chez ces personnes sous pregnénolone.


Les effets indésirables de la pregnénolone sont minimes. On a ainsi décrit quelques manifestations digestives comme des nausées. Les autres effets indésirables observés sont secondaires à une transformation inappropriée de la pregnénolone en DHEA. Ils sont toujours minimes et réversibles. Enfin, je n'ai jamais lu la description d'interactions entre la pregnénolone et des médicaments, certains types d'aliments ou autres. Aucun problème de surdosage n'a jamais été décrit.



Comment prendre de la pregnénolone et à quelle dose ?


Les doses de pregnénolone varient considérablement d'une personne à l'autre. Elles doivent être soigneusement adaptées à chaque personne et peuvent varier de 25 à 100 mg par jour, voire plus.


La pregnénolone est un neurostéroïde important dont l'implication dans les phénomènes de mémorisation et les troubles de la concentration n'est plus à démontrer. Les troubles de la mémorisation que nous observons en vieillissant doivent nous faire nous interroger sur nos taux plasmatiques de pregnénolone. C'est une des hormones importantes de notre organisme, profondément impliquée dans notre vieillissement et, en particulier, dans notre vieillissement cérébral (maladie d'Alzheimer) et son rôle ne fera que croître dans les années à venir.



NutraNews - Mars 2004



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