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Les pilules comme des bonbons

Journal de Montréal

Valérie Gonthier

09/08/2011




Les jeunes québécois consomment de plus en plus d’antidépresseurs, a appris le Journal. Depuis cinq ans, le nombre d’ordonnances remises aux moins de 18 ans a augmenté de 58 %, une situation que bien des experts condamnent.


Des chiffres obtenus auprès de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) révèlent que le nombre de jeunes consommateurs d’antidépresseurs a augmenté de 15 %, entre 2006 et 2010.


Les spécialistes joints par le Journal dénoncent cette situation. Ils estiment que ces médicaments ne constituent bien souvent que «des pansements sur des plaies ouvertes. » « C’est une banalisation des troubles psychologiques que peuvent vivre nos jeunes, s’indigne Joël Monzée, psychothérapeute et docteur en neurosciences. De plus en plus, les médecins généralisent et confondent les symptômes», dit-il.


Selon M. Monzée, bien des médecins de famille prescrivent des antidépresseurs aux jeunes sans tenir compte des problèmes que ces derniers peuvent vivre.


La psychologue spécialisée auprès des enfants, Suzanne Vallières, abonde dans le même sens. La spécialiste, qui est aussi chroniqueuse au Journal, insiste sur l’importance d’investiguer avant de prescrire des médicaments.


« Il faut d’abord déterminer si le problème est chimique, soit au niveau du cerveau, ou situationnel », explique-t-elle.


Plusieurs facteurs peuvent influencer l’humeur des jeunes, soit des problèmes à l’école, une peine d’amour ou des conflits familiaux, ajoute Joël Monzée.


« Il ne faut pas confondre humeur dépressive et dépression », précise-t-il.




Solution aux problèmes


Prescrire à tort des antidépresseurs pour soulager les jeunes de leur anxiété comporte des risques, mentionne M. Monzée.


« La dépression ne touche qu’une zone du cerveau. S’il y a confusion et que le problème se situe ailleurs dans le cerveau, le médicament risque d’abîmer la zone à guérir. Résultat ? On en fait des dépressifs à vie», s’inquiète-t-il.


Le Dr Antoine Groulx, un omnipraticien, croit que la quête de la performance a un rôle à jouer dans l’augmentation du nombre d’ordonnances d’antidépresseur chez les jeunes.


« On remarque de plus en plus une pression sociale qui vise la normalité, déplore-til. Dès qu’un enfant déroge des normes, les parents consultent et on le met sous médication. »


Dr Groulx précise que ce n’est pas par mauvaise volonté qu’un médecin de famille va prescrire des antidépresseurs à un enfant. « Il veut se faire du bien comme docteur, mais aussi en faire aux parents, en trouvant une solution aux problèmes du patient », note-t-il.




Facilité


Suzanne Vallières déplore que la prescription d’antidépresseurs soit devenue une facilité pour les spécialistes.


« Je reçois des enfants qui sont sous médication et qui n’ont jamais consulté. Ça ne fonctionne pas», soupire-t-elle.


La psychothérapie devrait être la première ressource offerte à ces enfants, croit Mme Vallières.




Ordonnances en hausse depuis 2006


Variation des ordonnances d’antidépresseurs chez les personnes âgées de moins de 18 ans entre 2006 et 2010


Ordonnances: 58 %

Nouvelles ordonnances: 22 %

Renouvellements d’ordonnance: 79 %



Variation des ordonnances par groupe d’âge entre 2006 et 2010

5 à 11 ans: diminution de 4%

12 à 14 ans: augmentation de 22%

15 à 17 ans: augmentation de 19%



Coûts à la RAMQ

2008: 503 698$
2009: 557 348$
2010: 596 340$




Antidépresseurs chez les jeunes


Cas de dépression
Plus de 43 % des adolescents qui ont reçu un diagnostic de dépression sont médicamentés.
Médicaments les plus prescrits
Psychostimulants (Ritalin) : 48 %
Antidépresseurs : 24 %




Source: Livre Médicaments et performance humaine: thérapie ou dopage ?



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